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Que faire de la robotique viticole ?

Si les nouvelles technologies en agriculture étaient l’univers du roi Arthur, la robotique serait probablement le Graal, la quintessence des AgTech’ ! C’est un secteur qui sait greffer ensemble plusieurs technologies, comme l’autoguidage à haute précision par GNSS (GPS), connexion à distance, capteurs, planificateur de tâche… Ces prouesses, bien qu’impressionnantes techniquement, essaient de répondre à des problématiques très concrètes ! Pourtant la réalité peut parfois être décalée par rapport au rêve. Dans cet article, l’équipe ICV de la tech’ propose une analyse critique sur ce secteur en plein boom.

 

Après avoir décrypté les nouvelles technologies et détaillé l’usage des technologies de géo positionnement (GNSS) en viticulture, Anthony Clenet et Emerick Candaele s’arrêtent sur la forme ultime de ces nouvelles technologies : la robotique, pari fou ou solution d’avenir ?

Dans cet article nous allons voir dans quel contexte s’inscrit la robotique, quelles sont les solutions proposées en viticulture, pour enfin s’attarder sur les limites de ce secteur.

 

La robotique au sein d’un contexte plus global ?

Le monde agricole connait et va connaitre des mutations pour répondre aux problématiques et enjeux de demain. Face aux enjeux de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, de réduction de la charge de travail pour un exploitant… La robotique est clairement identifiée comme un levier de la troisième révolution Agricole[1].

Défis qui peuvent paraitre colossaux à la vue des problèmes rencontrés. Par exemple, selon la direction Générale de la commission Européenne chargée de l’information statistique (Eurostat), 11% des exploitants agricoles en Europe sont âgés de moins de 40 ans[2]. Dès lors, la robotique est souvent perçue, que ce soit par les fabricants ou les décisionnaires politiques, comme un levier pour lutter contre ce (très) faible taux de renouvellement.

A l’image des autres filières, la viticulture a aussi ses problèmes et défis, comme le manque de main d’œuvre (manque de tractoristes par exemple), ou la réduction de l’usage de produits phytosanitaires, impliquant plus de luttes mécaniques contre les adventices, et donc plus de main d’œuvre, et cætera et cætera…

Face à ces défis, nous pourrions alors nous demander si la robotique est prête à conquérir la viticulture ?

 

La viticulture, un des enfants pauvres de la robotique

C’est une conquête qui n’a pas encore eu lieu. En effet, si le secteur de l’élevage, selon l’observatoire des usages du numérique, en 2018, comptait à lui seul plus de 10 000 robots commerciaux (hors prototypes et recherche)[3], la viticulture en comptait… 10 (soit moins de 1% des robots recensés par l’observatoire).

Les chiffres commençant à dater, il serait illusoire de juger d’un quelconque faible intérêt porté à ce secteur qui a connu beaucoup de changement ces dernières années. L’idée à conserver ici est plutôt que le secteur est naissant en viticulture.

 

Les robots viticoles, que retrouve-t-on ?

Pour des raisons de possibilités techniques et pour éviter que cet article ne se périme trop rapidement (à cause d’un sujet très changeant), nous allons essayer de classer les robots viticoles selon le prisme de l’opération réalisée au vignoble. Il est à noter que cette classification n’est en rien officielle ou standardisée, mais proposée selon nos connaissances. Si vous êtes à la recherche d’exhaustivité sur les solutions numériques, nous vous renvoyons à l’annuaire des solutions numériques proposé par Aspexit[4].

 

Les robots de travail du sol/tonte

Face à une nécessité de diminuer l’usage de produits phytosanitaires (herbicides notamment) et face à un manque de main d’œuvre au sein de la filière viticole, les premiers robots se sont attaqués au segment du travail du sol et/ou à la gestion de l’enherbement.  La valeur proposée par ces derniers est de réaliser un travail automatiquement (nous y reviendrons), tout en proposant une gestion mécanique des adventices. Dans cette catégorie, nous retrouvons par exemple l’enjambeur Ted de Naïo (travail du sol sur le rang), Jo de la même entreprise (travail du sol de l’inter-rang), le troupeau de robots de tonte de Vitirover, Ceol d’Agreenculture (travail du sol rang et inter-rang).

 


 

 

 

Robot Ted de Naïo, crédit image © Naïo

 

La liste des robots disponibles dans cette catégorie est déjà assez fournie. Bien que d’autres robots rentrent aussi dans cette dernière, (nous les verrons juste après), l’idée ici est de voir qu’une majorité de robots propose de travailler le sol/enherbement.

 

Les robots de pulvérisation/traitement phytosanitaires

Pour autant le travail du sol ne représente qu’une partie des interventions au vignoble. Des constructeurs se sont aussi employés à proposer des robots de pulvérisation. On retrouve par exemple YV01 de Yanmar, un robot à moteur thermique gérant la pulvérisation au moyen de ses 12 buses.

 

Plusieurs opérations avec une seule machine

Pourquoi investir dans un robot pour une seule fonction ? C’est probablement à cette question que certains fabricants ont essayé de répondre. En effet, des constructeurs comme Vitibot avec sa gamme Bakus ou Exxact robotics avec Traxx, proposent de gérer à la fois des travaux du sol et/ou des travaux de pulvérisation de produits phytosanitaires. Cela se présente souvent sous la forme de modules à connecter directement sur le porte-outil du robot en question

 

 

 

Module pulvérisation – Crédit image © Vitibot

 

Et pour la taille ou la vendange ?

Aujourd’hui, la majeure partie des robots se focalisent sur le travail du sol et depuis peu sur la pulvérisation. Mais nous voyons arriver de nouvelles tendances avec des robots de taille, de traitement par UV contre les maladies (Icare X4 de Free Green Nature)… Pour le moment ils restent à l’état de projet de R&D, mais cela peut donner une idée des perspectives d’évolution de ce marché. Il existe même des robots suiveurs[1] pour par exemple accompagner les vendangeurs dans les vignes et porter la vendange. A suivre donc…

 


 

 

Exemple de robot suiveur – © Burro

 

Comment s’orienter dans le choix d’un robot ?

Attention, les prochaines lignes qui vont suivre n’ont pas pour but de dévaloriser ou valoriser un fabricant plutôt qu’un autre. Chaque robot a ses spécificités, ses usages, ses contraintes… Il est surtout important d’avoir ces critères en tête pour être sûr que le robot choisi/testé/loué soit adapté à vos besoins.

 

Un choix de motorisation

Premièrement, tous les robots n’utilisent pas la même motorisation. On retrouve des moteurs thermique (ex : Traxx d’Exxact robotique), des motorisations électriques (Bakus de Vitibot ou Ted de Naïo), voire des motorisations hybride (ex : Trektor de Sitia)

 

La motorisation électrique peut-être intéressante quand on cherche à décarboner le travail au vignoble, ou à réduire les nuisances voire se passer d’énergies fossiles. Cela reste aussi des choix technologiques de la part du constructeur. Nous porterons un point d’attention aux temps de recharge qui peuvent être longs (de l’ordre de quelques heures à une dizaine d’heure). Les temps de travaux oscillent eux entre 8 et 10 heures d’autonomie.

 

C’est probablement là un gros point différenciant avec les robots thermiques qui proposent des autonomies similaires mais avec des temps de recharge de l’ordre de quelques minutes (le temps du plein). Elément important à prendre en compte si vous souhaitez avoir un débit de chantier important.

 

Le robot, est-ce un choix pour réellement gagner du temps ?

Une des promesses de la robotique est de faire gagner du temps aux salariés de l’exploitation viticole voire de palier au facteur humain manquant sur le marché du travail.

Cependant, le cadre légal n’étant pas encore complètement adapté à la robotique agricole, il est encore aujourd’hui obligatoire d’avoir, en cas de pépin, un superviseur à côté du robot, avec une télécommande. Ce qui limite énormément le gain de temps pour les ressources humaines de l’entreprise.

Heureusement le cadre légal semble évoluer dans le sens de la robotique avec par exemple le robot Ted de Naïo qui a obtenu l’autorisation de travailler sans superviseur[1]. Cela s’étant fait au prix de garantie de la part du constructeur sur la sécurité et la réaction du robot en cas de problème (personnes sur le trajet, respect de la limite d’une parcelle…).

Pour autant des barrières doivent encore tomber. Par exemple, les robots n’étant pas immatriculés, ils n’ont théoriquement pas le droit de se déplacer (en autonomie ou supervisé) sur la voie publique. En cas de vignoble dispersé, il est alors nécessaire d’avoir une remorque pour le déplacer. Ce qui, encore une fois, limite l’intérêt du robot censé être autonome.

 

Le prix

Elément d’importance à considérer, le prix !

Nous tenons à préciser que les prochaines lignes vont relater des prix collectés lors d’échanges avec les constructeurs, mais ils ne sont pas à prendre au pied de la lettre car pouvant différer selon les offres commerciales. L’idée ici est plutôt de garder en tête les ordres de grandeur.

Les modèles économiques peuvent varier selon les constructeurs.

 

Certains proposent d’acheter directement le robot. Comptez par exemple environ 120 000 euros pour un achat du robot Ted de Naio (enjambeurs pour le travail du sol) ou environ 180 000 euros pour un modèle travail sol/pulvérisation chez Vitibot.

 

Certains constructeurs sont disposés à louer les robots, à des tarifs de l’ordre de quelques dizaines de milliers d’euros par an pour les plus chers.

 

Il arrive, pour gérer l’entretien et le suivi de la machine que le constructeur propose en plus de l’achat du robot un abonnement annuel (de l’ordre de 8 000€ par an).

 

Attention, il est bon à noter qu’en plus du robot, il peut être nécessaire d’acheter en plus du matériel pour les différents travaux.

 

Au-delà du coût intrinsèque au robot et à ses outils, il y a d’autres éléments à prendre en considération. On disait que plus haut que le cadre légal n’est pas encore très permissif avec l’usage des robots. Il faudra aussi prendre en compte le coût humain de l’accompagnement des robots (transport de la machine d’une parcelle à une autre, supervision…). Ce sont des éléments à considérer dans l’analyse coût/bénéfice lors de la réflexion d’achat d’un robot.

 

Autres éléments à considérer

Il y a encore d’autres caractéristiques à prendre en compte pour choisir son robot (largeur de rang, pente et dévers de travail, utilisation du matériel existant, qualité du travail…). Pour éviter de rallonger encore cet article et aussi parce que les points de comparaison seraient trop spécifiques à certains usages, nous préférons les nommer sans les détailler. Cependant, contactez-nous si vous avez des questions sur l’usage de robots au sein de votre vignoble.

 

Notre avis d’expert AgTech’ :

La robotique est une branche de l’AgTech qui concentre à elle seule beaucoup de nouvelles technologies (GNSS (GPS), IOT, Capteurs…). Cette technologie se positionne en solution du non-usage d’herbicides et promet aux entreprises viticoles de pouvoir continuer à réaliser des travaux au vignoble malgré un manque de main d’œuvre.

Pour autant, cette technologie adaptée au vignoble est encore naissante. De fait, elle a encore des points à améliorer (déjà en bon chemin de résolution), afin d’atteindre un seuil productivité.

Si nous devions conseiller cette technologie, nous ne le ferions que si l’utilisateur est en disposition/capacité d’en accepter les lacunes (autonomie, prix, responsabilité civile, cadre législatif en transition…). Sinon, soyez un peu patient encore et restez en veille !

 

Cet article est un résumé du chapitre dédié à la robotique de notre formation « S’y retrouver dans la jungle des AgTech ». Si vous souhaitez découvrir le détail des grands secteurs des AgTechs, la prochaine session aura lieu le 15 décembre, inscrivez-vous ici.

 


 

 

 

Contacts : Anthony Clenet et Emerick Candaele

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